Feu Abdelkébir Khatibi : L'œuvre riche revisitée à Fès
Réunis dans le cadre du 5e Festival de Fès de la culture amazighe, les personnalités présentes ont passé en revue «les œuvres riches qu'a léguées cet écrivain inclassable et intellectuel hors-pair qui a forcé le respect malgré sa remarquable discrétion».Après des études supérieures en sociologie à la Sorbonne et un doctorat obtenu dans cette même discipline en 1965, feu khatibi a enchaîné les recherches et créations en littérature, sciences sociales et en critique d'art, ont-ils rappelé.
A son retour au Maroc, il mena une intense activité de chercheur, écrivain, enseignant, intellectuel engagé, syndicaliste ou simplement en citoyen attentif à son entourage «se laissant enseigner par la vie», comme il se plaisait de dire lui-même, ont-ils relevé.
Et d'ajouter que son premier ouvrage littéraire «la mémoire tatouée», publié en 1971, a ouvert la voie à une série de livres et études, dont la blessure du nom propre (1974), le lutteur de classe à la manière taoïste (1976), l'art calligraphique arabe (1976), le roman maghrébin (1979), le livre du sang (1979), amour bilingue (1983), Maghreb pluriel (1983), figures de l'étranger dans la littérature française (1987), un été à Stockholm (1990), triptyque de Rabat (1993) et le corps oriental (2002).
Pour Ahmed Boukous, recteur de l'Institut Royal de la Culture Amazighe (Ircam), « feu khatibi restera toujours vivant à travers son œuvre immense et ses apports exceptionnels dans des disciplines aussi prestigieuses que la littérature, l'art, la sociologie et la pensée interculturelle».
En promoteur du discours interculturel, le regretté a contribué à la réflexion sur l'identité, le rapport avec l'autre, la diversité, la différence et la liberté de pensée, tout en assumant avec excellence la fonction d'agitateur d'idées, a-t-il indiqué.
«Il nous a légué un appareil conceptuel riche basé sur l'ouverture, la tolérance et surtout le respect du contexte social dans tout travail sur la culture», a-t-il ajouté, notant que «la pensée de Khatibi a eu un grand impact sur l'émergence de courants ouverts sur la psychologie, l'anthropologie et la linguistique».
De son côté, le professeur El Houssain Moujahid a souligné que le défunt a été parmi les premiers intellectuels arabes à avoir travaillé sur les concepts de la différence, l'imitation de l'autre, la modernité et le rejet de la pensée unique.
En introduisant l'approche de «la pensée de la différence», feu Khatibi a tenté de construire une pensée qui n'imite pas l'autre, mais traite de la réalité des Marocains et des spécificités de leur culture, a-t-il expliqué.
Il était également parmi les rares intellectuels qui se sont intéressés très tôt à l'essor de la culture amazighe, à travers des écrits et contributions centrés sur la défense de la diversité culturelle, a signalé M. Moujahid.
Pour le poète et écrivain Abderrahmane Tenkoul, «le regretté détestait les rabâchages et imitations aveugles des idées venues d'Occident, préférant de travailler sur le repensement de la culture».
Ses innombrables œuvres témoignent de sa pensée créatrice et innovante et de son esprit critique fondé sur l'observation constante du passé et des phénomènes sociétaux, a souligné M. Tenkoul, doyen de la Faculté des lettres et des sciences humaines Dhar El Mehraz de Fès.
Décédé en mars dernier, feu Khatibi est détenteur de plusieurs distinctions internationales, dont «le prix littéraire de la seconde édition du Festival de Lazio d'Europe et de la Méditerranée» et le prix du «Grand printemps» de l'Association française «Hommes de lettres» pour l'ensemble de ses œuvres poétiques, dont une partie vient de paraître en trois tomes chez la Maison française «La Différence».
Sur Hautes Instructions Royales, il a été décidé de lui conférer à vie la qualité de professeur universitaire à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l'Université Mohammed V de Rabat, avec tous les avantages y afférents.
Le 5e Festival de Fès de la culture amazighe est initié par la Fondation Esprit de Fès, en partenariat avec l'Ircam et le Centre Sud-Nord pour le dialogue interculturel.
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