Le PJD dans la tourmente

Publié le par Foire2Fès

A Casablanca on a frôlé le report n’était le bon sens de certains élus et du maire réélu Mohamed Sajid. Les pijidistes ont tout fait pour saboter le processus. Ils ont réussi seulement à le retarder. Marrakech a vécu sa révolution féminine et c’est une avocate qui va présider aux destinées de cette ville internationale. 
Rabat a été enlevée par l’ancien ministre des Finances, l’économiste Fathallah Oualalou (USFP). La capitale ne pouvait espérer mieux. Un élu du PJD crut au début à sa bonne étoile, mais il n’a pas pu passer. A Fès, élection confortable pour celui qui se renforce de jour en jour. Hamid Chabat, le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs marocains (UGTM), garde son siège de maire. I
l n’a jamais été inquiété. Les Fassis lui sont reconnaissants pour ce qu’il a fait de leur ville, devenue plus agréable à vivre, plus accueillante et plus belle. Meknès a été enlevée par le PAMiste Omar Hilal qui a gagné haut la main. Il promet de faire beaucoup pour la ville. Les citoyens savent que le nouveau maire sait écouter. A Tanger, c’est le changement. Déjà le maire sortant n’a pas pu se faire réélire. Et c’est un PAMiste là aussi qui prend la mairie. Agadir restera sous la houlette de l’USFP avec Tarik Kabbaj qui y a officié six ans déjà. Lui aussi n’a pas démérité. Les élections ont cependant laissé parfois un goût amer. Le secrétaire général du PJD, qui a envoyé son parti au tapis, en est arrivé à utiliser un langage pas très politiquement correct à l’encontre de ses adversaires politiques. Personne ne lui a répondu. Par contre, les résultats lui ont montré qu’en politique il ne faut pas toucher les chefs de partis dans leur personne. Ils ne vont certes pas répondre, mais leur réaction coûtera cher à l’impétrant. Maintenant, A. Benkirane l’a appris… à ses dépens. Plusieurs membres de sa formation lui en veulent et pensent qu’il y aura un jour pour rendre les comptes. Certains commencent à exiger un autre dirigeant. Ils regrettent la politesse et le style correct de Saâdedine Othmani, l’ancien secrétaire général. C’est un enseignement de ces élections. C’est aussi la plus importante des conséquences. 
Le PJD n’est pas un parti important au Maroc. Certes, il a gagné en nombre de sièges dans certaines villes, mais ce n’est pas suffisant. Encore faut-il être modeste pour faire des alliances. Ce que les élus du PJD ont fait à la wilaya du Grand Casablanca est une pure «Fawda» qui s’est retournée contre eux. Le manque de modestie et le mépris des autres partis, tous «moufsidoune», a fini par excéder tout le monde. Mohamed Sajid en a eu certainement assez de leur transcendance. C’est pourquoi il a préféré s’allier avec des partis «plus modestes». Le PJD avait également des visées sur Tanger, Meknès, Kénitra et d’autres villes. Il est rentré bredouille d’une chasse pour laquelle il avait pris les mauvaises munitions. On ne chasse pas le sanglier avec les cartouches qu’on utilise pour les perdrix. A part cet épisode cinglant de la dégringolade du PJD, les élections des mairies et des conseils de communes n’ont pas été innovantes par rapport aux élections précédentes. Les alliances sont toujours des énigmes pour les observateurs et les citoyens. Les méthodes utilisées et le manque d’ordre sont encore présents. Le PAM a certes apporté des nouveautés. C’est le parti qui compte la plus jeune présidente. C’est lui qui a intronisé une femme sur une des mairies les plus convoitées du pays, Marrakech. 
C’est lui, enfin, qui a mis fin à la vantardise du PJD. Mais ça, c’est un changement important. Analyse L’observateur neutre, surtout s’il est étranger aux arcanes de la politique marocaine, ne peut rien comprendre à ce qui s’est passé cette semaine. Des élections ont eu lieu, des résultats ont été proclamés, mais ils n’ont servi à rien. Rarement, très rarement, c’est la liste en tête qui a pris la présidence. On pourrait dire que c’est quand même la majorité qui choisit, ce qui est vrai, mais dans un contexte de balkanisation , cela en perd toute signification. On a aussi vu des élus voter contre celui-là même qui était tête de la liste sur laquelle ils ont été élus. Enfin, les alliances n’ont aucune cohérence. Le PAM avait affiché sa volonté d’exclure le PJD de la gestion des grandes villes, il y a réussi en grande partie. A Rabat, les islamistes ont intégré une alliance hétéroclite qui a mené l’USFP, pourtant grand vaincu, à la tête de la mairie. A Casablanca, Mohamed Sajid a changé de majorité en mettant hors-jeu le PJD, puis s’était obligé à accepter de nouveau cette alliance. Mais à Marrakech, le PAM l’a emporté, grâce au soutien des Islamistes ! Dans ces conditions, les analyses sont toutes faussées. L’on peut cependant tirer quelques enseignements généraux : • L’alliance PJD-USFP, longtemps sujet tabou chez les socialistes qui avaient crié au scandale quand Driss Lachgar l’a évoquée, est maintenant une réalité. Lahcen Daoudi cédant sa place à Fathallah Oualalou, c’est tout un symbole. L’USFP n’est présent dans la gestion que quand il est allié au PJD. Cette réalité imposera une réflexion identitaire au sein des socialistes. • Les résultats du PAM en ont fait l’arbitre numéro un. Il a réussi à imposer une femme et un jeune à Marrakech et Tanger. Il a changé la majorité de Sajid à Casablanca, même temporairement. Mais à Rabat il n’a pu assurer le maintien de Omar Bahraoui. Ce parti sera sans doute central dans la bataille pour les présidences de régions et auparavant dans les conseils provinciaux. • 
 Le grand recul du M.P. Cette Mouvance réunifiée perd les grandes villes qu’elle dirigeait, Rabat et Salé par exemple, mais aussi des régions comme Ouarzazate où elle était la première force politique. Beaucoup de notables l’ont quittée pour le PAM, mais elle est surtout affectée par les dissensions internes. Les enseignements seront sans doute marquants durant la période qui s’ouvre. Une alliance PJD-USFP, si elle est formalisée, signifie que les socialistes s’apprêtent à quitter la Koutla et la majorité gouvernementale, ce qui posera la question de la viabilité du cabinet El Fassi. Le PAM devra gérer sa victoire et fixer ses alliances en vue de l’échéance de 2012. Cela suppose d’arrêter de «plumer la volaille». Les nouvelles têtes qu’il a réussi à imposer, en particulier à Tanger et à Marrakech, devront se montrer irréprochables, pour participer au renforcement de la confiance chez les jeunes. Enfin, le Mouvement populaire joue sa survie comme parti important sur l’échiquier. Il n’est plus le parti traditionnel des campagnes où il perd pied. Il lui faut redéfinir une image, une identité propre. Sinon il ne peut être qu’un appendice du PAM, ce qui se profile à l’horizon. En tout cas, c’est la gestion des communes qui renforcera l’adhésion ou approfondira l’indifférence des électeurs. C’est la proximité qui fait vivre la politique. De cela aussi les partis sont comptables.
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