Gellone La Méditerranée et au-delà
Pour clore l'inauguration du Musée de l'abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert, le public s'est levé en "standing ovation", avant-hier, dans l'enthousiasme des musiques partagées par les membres de la Camerata Mediterranea et de l'orchestre Abdelkim Raïs, de Fès. Les Cantigas de Santa Maria mêlent musiques chrétienne, arabe et juive, comme à la cour d'Alphonse le Sage au XIII e siècle. Joël Cohen insiste sur l'importance de faire vivre ce qui réunit plutôt que de « s'obséder sur ce qui divise » et il dédie Ahot ketana, "la petite soeur", à Neda tuée à Téhéran.
En quatre montages, les musiciens font alterner cantigas et noubats, joués par tous. Car dans cette époque unique où le Roi avait avec lui treize musiciens chrétiens, autant de musulmans et de juifs, toutes les créations étaient partagées. La mère de Dieu est aussi une Vierge seule et délaissée, plus proche du Coran que des Évangiles, mêlée à des miracles.
La simple mélodie composée par le Roi Alphonse, où il fait un tableau de sa vie est extrêmement touchante. Mehmet Sanlikol y est véhément, et Equidad Barès très expressive. Anne Azéma a toujours la délicatesse et les nuances qui en ont fait la "dame" de Saint-Guilhem. Tous chantent à voix différentes : Aziz Alami, indispensable au tar, Suzanne Ansorg, qui apporte la grâce de la vièle, Joël Cohen, qui s'accompagne au luth, et Mohamed Briouel, le successeur d'Abdelkim Raïs.
On imagine Siméon qui accueille au temple le fils de Dieu avant de mourir et le bon religieux qui célèbre les cinq lettres du nom de Marie devenues autant de roses... L'instrumentation s'enrichit de la zurna (bombarde) et d'une chiffonie (petite vielle). Le public, partition en main, chante le Cantiga 100 Santa Maria, dans une atmosphère de liesse. Le concert de la veille, tout comme les rencontres, ont aussi connu un grand succès. La Méditerranée réunit, pour aller plus loin.
Source
Midilibre.com
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