Interview • Mohamed Kabbaj, président du Festival de Fès des musiques sacrées du monde

Publié le par Féstivals de Fès

«Nous œuvrons pour garder l'âme du Festival tout en innovant»

C'est aujourd'hui que démarre le Festival de Fès des musiques sacrées du monde, l'événement culturel le plus en vue de la ville spirituelle.

A cette occasion, nous avons rencontré Mohamed Kabbaj, président du Festival qui nous parle de son concept, de son esprit et de son évolution.

LE MATIN : Vous avez choisi pour cette édition le thème : « L'Arbre de Vie ». Comment justifiez-vous ce choix ?

MOHAMED KABBAJ: Pour cette quinzième édition du Festival, nous avons choisi le thème « L'Arbre de Vie » eu égard à la forte symbolique de l'arbre qui à la fois exprime un enracinement solide et aussi renvoie à un désir de transcendance vers le ciel en quête de spiritualité. L'arbre de vie est si cher aux trois religions monothéistes : il est cité dans le Coran, la Bible et la Torah. Dans la poésie mystique, l'arbre est étroitement lié à la sacralité de la vie qui, comme l'eau, déferle, dans le corps humain pour élever son esprit et le rapprocher des idéaux humains qui unissent les gens au-delà de leur couleur, religion ou culture. Ce thème est en symbiose avec l'esprit du Festival qui, au long des années, a réussi à toucher les âmes et à attirer des milliers de passionnés.

Est-ce qu'il est toujours aussi évident de concocter le programme du Festival après 15 ans de succès ?

Réunir un programme autour d'un thème précis est une chose que nous traitons avec beaucoup de sérieux. C'est un travail de fourmis qui dure toute une année. Chaque année, nous nous consultons d'abord entre nous en tant qu'organisateurs et ensuite entre les spécialistes du domaine pour arriver à un consensus. Par la suite, nous creusons l'idée et essayons de sélectionner parmi les propositions de concerts celles qui expriment le mieux le thème. Le succès des années précédentes rend notre tâche encore plus difficile parce que nous devons garder l'excellence qui constitue notre capital de base. Après chaque édition du Festival, nous procédons à une évaluation pour aller toujours de l'avant et préserver l'âme du Festival tout en innovant chaque année dans la mesure du possible.

Depuis sa création, le Festival n'a pas cessé d'évoluer en intégrant de nouveaux concepts. Est-ce que cela ne risque pas de vous éloigner de l'esprit de cet événement qui est « la musique sacrée » ?

Un de nos principes immuables est de préserver l'esprit du Festival : la musique sacrée et les débats autour du sacré. Cet esprit constitue notre capital qui a rayonné dans le monde entier et a inspiré des initiatives à l'intérieur et à l'extérieur du Maroc. Cependant, nous essayons aussi d'éviter que le Festival tombe dans la monotonie. Pour ce faire, nous faisons appel au pouvoir créatif des artistes pour mélanger les genres de musiques sacrées de tout bord.
Ceci nous permet aussi de valoriser notre propre musique marocaine et l'élever au rang de l'universalité. Nous avons jusqu'à présent ramassé un nombre considérable de concerts qui ont été crées pour le Festival et nous somme en train de préparer un coffret musical en l'occurrence. Ce coffret sera prêt avant la fin de cette année.

D'aucuns disent que « Le Festival de Fès des musiques sacrées du monde » est un Festival à deux vitesses. Que leur répondez-vous ?

C'est un Festival qui s'adresse à tout le monde. Nous comptons des amis dans toutes couches sociales et dans toutes les tranches d'âge. Le sacré interpelle tous les goûts et se manifeste par des genres musicaux divers. C'est dans ce sens que nous présentons le Festival dans des sites différents : d'abord Bab Makina qui est porteur de toute une histoire et d'une culture ancestrale et Bab Boujloud qui, lui aussi, porte une histoire et se trouve au cœur de l'ancienne Médina de Fès. Il y a quelques années, nous avons ajouté un troisième site: Ait Skato qui se trouve dans la ville nouvelle.

Qu'y a-t-il de plus difficile dans l'organisation d'un événement d'une telle envergure ?

L'organisation d'un Festival comme le nôtre n'est jamais une chose facile. Cependant, le plus difficile est de ne pas tomber dans la routine, de garder nos objectifs tout en innovant et en nous inscrivant dans les temps qui changent. Le message cette manifestation universelle est un message universel auquel toute la ville de Fès adhère spontanément. Nous sommes animés par le désir de garder le cap haut et de continuer à répandre des messages de dialogue et de rapprochement des peuples dans un monde de plus en plus difficile. Garder l'âme du Festival tout en innovant nécessite une attention et un travail continus.

Pensez-vous que le Festival a la médiatisation qu'il mérite réellement et comment voyez-vous son évolution ?

Nous sommes très heureux de dire que le Festival des musiques sacrées du monde a acquis une renommée mondiale. Notre meilleure médiatisation réside dans la fidélité de nos visiteurs qui viennent des quatre coins du monde. Bien sûr, nous aspirons toujours à mieux faire surtout par les temps qui courent où la communication joue un rôle très important.

Quel est votre meilleur souvenir du Festival ?

Le meilleur souvenir pour moi restera toujours l'extraordinaire symbiose et synergie que crée le Festival et qu'expriment les visages des visiteurs. Il faut que chaque édition nous apporte de nouveaux amis et nous pousse à mieux faire. C'est dans cet esprit que le Festival fascine.

La fondation « Esprit de Fès » programme une série d'événements répartis sur toute l'année. Quel est le point commun entre toutes ces manifestations ?

La Fondation «Esprit de Fès» programme des événements qui cherchent tous à promouvoir Fès à l'échelle international par le biais de son capital : la culture. En plus du Festival des Musiques Sacrées du monde, la Fondation organise d'autres festivals : le Festival de l'art culinaire, d'Amazigh, le Fès Jazz festival et celui du Slam et Klam. La Fondation organise également trois Forums internationaux : l'Union pour la Méditerranée, l'Alliance culturelle et les Femmes méditerranéennes.

------------------------------------------------------------------

Le temps d'un festival…

Événement phare de la capitale spirituelle du Royaume, le Festival de Fès des musiques sacrées du monde s'ouvre aujourd'hui avec un grand concert animé par le chanteur libanais Marcel Khalifa. Ce concert, certainement l'un des plus attendus de cette 15e édition, se présentera sous forme d'un hommage rendu par le grand artiste à l'immense poète palestinien Mahmoud Darwiche. Jusqu'au 6 juin, Fès vibrera aux rythmes de cette manifestation qui s'articulera autour de la thématique « L'arbre de la vie », et donnera la part belle au sacré et à la méditation. Sur les scènes dédiées à cette fête se succèderont des artistes de renom qui chanteront un hymne à la paix et à la tolérance. Que la fête commence !

Kenza ALAOUI
LE MATIN

  


Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article