Fès. Qui peut arrêter le roi Chabat ?

Publié le par Foire2Fès

Hamid Chabat a encore frappé : le maire istiqlalien menace de fermer les débits d’alcool, défie les ministères du Tourisme et de l’Intérieur. Et fait la guerre au PAM.


A Fès, une blague fait sourire tout le monde, hommes et femmes. C’est l’histoire d’un jeune homme, buveur
notoire, qui appelle son ami pour aller prendre un verre. Réplique à l’autre bout du fil : “Non, ce soir, je ne peux pas. Ce n’est pas à cause de ma femme, j’ai peur de Chabat !”.
La blague renvoie à une nouvelle réalité. Le maire de Fès, passé maître ès-polémiques, vient de faire voter des résolutions qui font jaser toute la ville, voire tout le royaume. Tout a commencé le 17 février, date de la session du Conseil de la ville dédiée, en principe, au vote du compte administratif 2009. Fidèle à lui-même, Hamid Chabat percute et fait mouche : en avant-première, il fait part de sa volonté d’interdire la vente et la consommation des boissons alcoolisées dans la capitale spirituelle. Il veut aussi en finir avec les cafés servant le narguilé, qualifiés de “lieux de débauche”, comme il aime à le répéter.
Fès, ville sainte Après ces annonces fracassantes, Chabat passe à l’action et soumet aux 95 membres du Conseil de la ville un ordre du jour en 31 points. Le plus important, l’interdiction de l’alcool, passe comme une lettre à la poste. Le PJD dit amen, sans surprise. Au total, 89 voix votent pour l’interdiction, contre 6 abstentions (4 PAM et 2 USFP). Le pacha, qui représente le ministère de l’Intérieur au Conseil de la ville, est réduit au rôle de spectateur. Le maire a gagné son pari. Et il déroule. “Il est de mon devoir de protéger la santé et la sécurité des populations, en vertu des pouvoirs de police administrative que me réserve la Charte communale”, clame-t-il.
Chabat précise que la décision du Conseil qu’il préside concerne, dans un premier temps, 5 à 6 “lieux de débauche”, situés dans ce qu’il appelle “le triangle sacré de la médina” : le mausolée Moulay Driss, la mosquée Qaraouiyine et le mausolée Sidi Ahmed Tijani. “J’ai mis en place une commission spéciale et je compte mettre à exécution les décisions prises par le Conseil” , explique le maire, qui a dû affronter les critiques des opérateurs touristiques de la ville. Car, le même jour, le Conseil régional du tourisme (CRT) a convoqué une réunion pour déclarer que le maire de la ville, “poussé par des considérations politiques, fait dans la provocation”.

La guéguerre Istiqlal – PAM
En plus des professionnels du tourisme, Hamid Chabat s’est surtout mis à dos le Parti authenticité et modernité (PAM). Avec, tenez-vous bien, un procès pour agression à la clé. L’histoire peut être résumée ainsi : le jour de la session du Conseil de la ville au complexe culturel “Al Hourria”, un conseiller du PAM demande la parole. Hassan Taiqui n’aura pas le temps de s’exprimer puisque, selon ses dires, il sera agressé par le maire et ses “milices”. “Hamid Chabat m’a assené un coup avec la base du micro, qui pèse trois kilos”, relate le conseiller du PAM, qui s’en sort avec une fracture de la jambe. Résultat : il porte plainte contre le maire PI.
Chabat n’en a cure. Quand on lui rappelle le cas Taiqui, il hausse les épaules : “C’est quelqu’un qui a raté sa vocation, il aurait dû délaisser la politique pour le cinéma, ironise-t-il. Je ne sais d’ailleurs pas comment un parti qui se veut respectable comme le PAM accepte de tels membres”.
L’incident qui a opposé Chabat à Taiqui renvoie, évidemment, à la guéguerre que se livrent l’Istiqlal et le PAM. L’enjeu est de taille : s’emparer des rênes de Fès, quatrième ville du pays. Les deux partis sont en froid depuis quelques mois. “Chabat n’a pas digéré le fait que près de 90 conseillers istiqlaliens rejoignent nos rangs, ce qui risque de le rendre minoritaire”, explique un responsable local du PAM. La goutte qui a fait déborder le vase ? La récente visite de Mohamed Cheikh Biadillah, numéro 1 du PAM, dans la commune rurale de Aïn Beïda, pour célébrer le ralliement d’une trentaine d’élus istiqlaliens à sa formation.
En gros, l’Istiqlal, ici personnifié par Chabat, accuse le PAM de “piquer” dans son assiette. “Que le PAM aille recruter du côté des 70 % des Marocains qui n’ont pas voté en 2007 et arrête de harceler nos militants. Il est temps d’en finir avec le complot du silence”, tonne Hamid Chabat, qui prétend que la majorité des Istiqlaliens ayant rejoint le PAM s’apprêtent à effectuer le chemin inverse pour rentrer au bercail.
“Toute cette agitation n’est qu’une nouvelle étape dans la guerre que se livrent l’Istiqlal et le PAM à Fès”, résume un observateur de la vie politique locale. Et si Chabat est monté au créneau, c’est qu’il a probablement plus que jamais besoin de réaffirmer son autorité en tant que patron de la ville.

Une pensée pour la Palestine
Outre l’interdiction de l’alcool, Hamid Chabat a joué et gagné une autre carte. Il est parvenu à s’attirer la sympathie des islamistes du PJD, ses ennemis jurés d’hier. Les “frères” de Benkirane ont fait bloc derrière le maire de Fès. Pour l’alcool, mais aussi pour l’octroi d’une aide d’un million de dirhams à la Palestine, contrairement au PAM qui a voté contre. D’où le message, populiste et intéressé, distillé par Chabat à son “peuple” : en votant contre ses résolutions, le PAM s’inscrirait “pour la débauche” et “contre la Palestine”.
Jamais à court d’idées quand il s’agit de jouer aux patriotes, Chabat s’est envolé, dès le lendemain de la polémique sur l’alcool et des escarmouches avec le PAM, pour Laâyoune. Il en a profité pour signer une convention de partenariat avec le maire istiqlalien de la ville, Hamdi Ould Errachid. Chabat a promis dans la foulée d’offrir un joli cadeau à Ould Errachid : la construction d’une fontaine (c’est sa spécialité, au point que tout Fès le surnomme Hamid “Lakhssassi” en référence aux nombreuses fontaines qui ornent désormais la capitale spirituelle), budgétisée à 3 millions de dirhams. Sacré Chabat.

Source : TelQuel

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