Economie : Matières premières: le retour de la rareté

Publié le par foire2fes

Les cours des produits de base connaissent une nouvelle envolée avec la reprise de l'économie. Une offre anémique, http://www.jdf.com/basemedias/2008/07/21/2bd1ed42-5760-11dd-bb13-5a94c238c8df.jpgune demande dynamique, alimentée notamment par le rattrapage de la Chine, et la financiarisation croissante de ces marchés expliquent cette flambée des prix.

Malthus finira-t-il par avoir raison? Depuis plus de deux cents ans, les sombres prédictions du pasteur anglais sur le caractère fatal de la pénurie alimentaire n'ont cessé d'être démenties par les faits. Loin d'être bridée par le caractère limité des terres arables, la production alimentaire mondiale n'a cessé de se développer sous l'effet du progrès technique et de l'intégration de nouvelles puissances agricoles (Etats-Unis, Australie, Argentine, etc.) à l'économie mondiale. Si la famine et la malnutrition continuent de sévir dans certaines parties du monde, ce n'est pas tant en raison de l'explosion démographique que des conflits armés, de politiques inadaptées et d'un partage des revenus inique.
Une envolée spectaculaire
Etendue dans les années 1970 aux ressources non renouvelables (énergie, métaux), la thématique malthusienne de la finitude du monde, opposée à l'infinité des besoins humains, a continué d'être invalidée par le déclin tendanciel des prix réels des produits de base jusqu'à la fin des années 1990. Toutefois, l'envolée des prix de ces produits dans les années 2000 pourrait infirmer ce diagnostic.
Perceptible dès 2003, l'augmentation des cours est spectaculaire dans le cas des métaux: les prix ont été multipliés par quatre en quatre ans (voir graphique). Peu marquée pour les produits agricoles, boissons exceptées, jusqu'en 2005, la hausse se propage ensuite aux produits alimentaires, dont les prix bondissent de 60% en moyenne (150% dans le cas des céréales) entre l'été 2006 et l'été 2008. Pour les trois milliards de personnes vivant dans des conditions de sous-alimentation, la flambée des prix des produits de première nécessité est synonyme de désastre nutritionnel. Les émeutes de la faim qui éclatent dans plusieurs dizaines d'Etat en 2007-2008, de l'Indonésie au Mexique, en passant par Madagascar et la Côte d'Ivoire, traduisent la gravité de la crise alimentaire.
Si la crise financière et la grande récession de 2008 provoquent une correction sévère des prix à la baisse, la hausse reprend de plus belle dès 2009, ramenant en moins de deux ans les prix des métaux et des produits alimentaires à leurs sommets, tandis qu'elle s'étend aux matières premières agricoles (coton, caoutchouc, etc.). En septembre 2010, les hausses répétées des prix de l'eau, du riz et du pain provoquent de nouvelles émeutes au Mozambique, que l'armée réprime violemment, faisant sept morts et plusieurs centaines de blessés.
Effet de ciseaux
Le principe de rareté s'inscrit désormais au coeur de l'équation alimentaire mondiale, comme il définit de plus en plus nettement les perspectives d'équilibre des marchés des ressources non renouvelables. Dans le cas des produits alimentaires, la rareté porte à la fois sur le coût des intrants de la production agricole - l'eau et l'énergie notamment - et sur les terres disponibles pour les cultures vivrières, dont la surface diminue rapidement sous l'effet de l'urbanisation, de la désertification, de la dégradation des sols et du développement rapide de nouveaux usages tels la production d'agrocarburants. Selon la Banque mondiale, entre 5 et 10 millions d'hectares de terres seraient perdus chaque année (soit 0,5% de la totalité des terres cultivées en moyenne) du seul fait de la dégradation des sols. A quoi s'ajoutent les effets du réchauffement climatique sur la production (sécheresses, inondations, etc.) et les conséquences du sous-investissement agricole chronique dans les pays en développement.
Ces contraintes d'offre, qui ne sont pas toutes nouvelles, sont de plus en plus ressenties du fait de l'explosion de la demande de produits alimentaires. Celle-ci résulte à la fois de tendances démographiques lourdes et des bouleversements socioéconomiques induits par la croissance accélérée des économies émergentes, notamment la Chine et l'Inde. Malgré la transition démographique (*) , la population mondiale continuera de croître au rythme annuel de 1,5% entre 2010 et 2030 et pourrait dépasser 9 milliards d'habitants en 2050. Concentrée pour la quasi-totalité dans les pays en développement et plus particulièrement dans les zones urbaines, cette poussée démographique se conjugue à l'amélioration rapide des niveaux de vie pour stimuler et diversifier la demande de produits alimentaires.
Le même effet de ciseaux entre une offre anémique, fortement contrainte par deux décennies de sous-investissement, et une demande explosive, suralimentée par le boom de la consommation chinoise, explique la flambée du prix des métaux. En quelques années, la Chine est devenue le premier consommateur mondial de pratiquement toutes les ressources minières. Qu'il s'agisse du cuivre, du charbon ou de l'aluminium, la croissance de sa consommation explique plus de 60% de la hausse de la demande mondiale dans les années 2000. Comblant rapidement son retard en infrastructures (routes, voies ferrées, câbles électriques, etc.), la Chine est entrée dans la phase de son développement la plus intensive en consommation de produits de base. A cela s'ajoute l'effet de la croissance accélérée de la classe moyenne sur la demande de biens de consommation durables, intensifs eux aussi en métaux.
Or il faut du temps pour qu'un investissement minier arrive au stade de l'exploitation. Déjà lancé tardivement, ce processus a de plus été étouffé par la récession de 2008-2009. Même en tablant sur une relance de l'exploration avec le redressement des prix, la séquence exploration-développement-production s'étale souvent sur une vingtaine d'années, avec une durée moyenne de neuf ans entre la découverte de gisements et le début de leur exploitation. Dans ces conditions, difficile de ne pas adhérer à l'hypothèse d'un hausse durable des prix, qui pourraient franchir, en termes réels, les précédents sommets de 1974 et de 1951.
La spéculation en plus
Anticipées par de nombreux acteurs, ces tendances donnent lieu à une intense activité spéculative. Celle-ci peut émaner d'acteurs désireux d'assumer les risques de variation de prix contre lesquels les intervenants sur les marchés physiques souhaitent se couvrir. Classique, ce type de spéculation se fonde sur l'anticipation des déséquilibres futurs de marché, qu'il est possible d'exploiter en prenant position sur les marchés à terme.
La période récente se caractérise cependant par le développement de comportements spéculatifs d'un type nouveau, liés à l'entrée en masse des investisseurs financiers sur ces marchés à terme. Intervenant sur la base de stratégies de diversification de portefeuille, ces acteurs achètent ou vendent non pas des produits, mais des indices de prix, en fonction non pas tant des forces fondamentales à l'œuvre sur les marchés que des tendances de court terme des prix eux-mêmes. Le résultat est une financiarisation croissante des marchés de produits de base, qui se traduit à la fois par une forte accentuation, à la hausse comme à la baisse, des mouvements de prix, et par une corrélation grandissante entre les indices de prix des matières premières et les prix des principaux instruments financiers, boursiers notamment.
Manifeste lors du krach financier de l'automne 2008, qui a vu les indices des principales catégories de produits perdre en quelques semaines entre le tiers et la moitié de leur valeur (75% dans le cas du pétrole), la volatilité sans précédent des prix des produits de base met en évidence le manque de transparence et de régulation de ces marchés. Revenu au coeur des préoccupations stratégiques des États, le thème de la sécurité des approvisionnements justifie, avec la sécurité alimentaire mondiale, une prise en charge multilatérale du problème. Les récents sommets du G20 comme du G7 ont cependant largement échoué à l'assumer.
* Transition démographique : passage d'une situation où le taux de fécondité et le taux de mortalité sont élevés à une situation où la baisse de la mortalité s'accompagne d'une chute de la fécondité.

Source : Alternatives Économiques n° 298 - janvier 2011

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Susanna 03/12/2012 15:33

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